Exposition BIG BANG

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BIG BANG
Destruction et création dans l’art du 20e siècle

Interrompant pour un temps le principe des présentations de mouvements artistiques ou de monographies, tout en resserrant l’accrochage sur un seul étage du Musée, Big Bang constitue une expérience inédite.

Ce redéploiement se fonde sur une thématique cruciale pour comprendre l’art depuis le début du 20e siècle : le « Big bang » moderne. Revendiquant une liberté radicale et pulvérisant les valeurs établies, le projet moderne a produit une destruction créative. Il a d’abord été le lieu d’une crise profonde de la représentation, fondée sur un désir de réinventer sans cesse de nouvelles formes : déconstruction des formes par le cubisme, défiguration par l’expressionnisme, subversion des images par le dadaïsme, autonomie constructive avec l’abstraction… La scène de l’art a été un terrain d’expérimentation où se sont exprimées toutes les recherches et toutes les revendications. Affranchis du poids de l’Histoire et du carcan de la culture académique, les artistes ont apporté un renouvellement fécond de la perception qui a façonné de manière irréversible nos consciences contemporaines. 

Conçu à partir de l’idée d’une expansion continue des formes et des forces créatrices depuis un centre originel détruit, ce nouveau parcours de la collection s’articule autour de huit sections, attitudes ou champs d’investigation qui sont au cœur des expérimentations des artistes : Destruction, Construction / Déconstruction, Archaïsme, Sexe, Guerre, Subversion, Mélancolie et Réenchantement. En donnant à voir le lien étroit qui unit destruction et création, c’est un éclairage inédit des phénomènes culturels et artistiques du 20e siècle, ainsi qu’une compréhension des pulsions et des procédures à l’œuvre qui sont aujourd’hui proposés.

Destruction
La modernité inscrit l’idée même de destruction au cœur de la redéfinition de l’art. Cette volonté de faire table rase s’exerce à chacun des niveaux de l’acte créateur : destitution des sujets traditionnels de l’art, dislocation de la figure, éclatement et brouillage du plan et de la perspective… Le statut de l’objet artistique (cohérence, limites, verticalité…) est mis à mal tandis que s’affirme à travers l’art une ambition réformatrice, anthropologique et sociale.

Construction / Deconstruction
Commencée avec l’aventure cubiste, la déconstruction formelle et analytique de l’œuvre d’art va se complexifier dans une suite de procédures artistiques inédites qui va de la transparence à l’aléatoire, du mou au changement d’échelle, etc. Cette spéculation sur la forme de l’œuvre d’art est aussi à la source de l’art conceptuel, qui conçoit le langage comme une procédure artistique en soi. Déjà, entre 1914 et 1966, une partie de l’activité artistique de Marcel Duchamp a consisté en l’élaboration de notes manuscrites préparatoires à ses œuvres.

Archaïsme
Primitivismes et archaïsmes ont traversé tout le 20e siècle, depuis les évocations « exotiques » héritées du 19e siècle jusqu’aux expressions métissées les plus contemporaines. Au tournant des années 1920-30, s’affirment l’idée mythique d’un retour à une enfance de l’art – André Breton déclare avec force : « l’œil existe à l’état sauvage » – et la volonté de retrouver une force originelle qu’invoquaient déjà les peintres expressionnistes allemands. Dans les années 1940, apparaissent des procédures multiples qui produisent ou simulent des effets de régression, qui se réfèrent à des territoires enfouis de la pensée et qui explorent des langages autres, hybrides, archaïsants.

Sexe
L’art du 20e siècle n’a cessé de puiser une grande partie de son énergie créatrice dans le risque essentiel que prend celui qui regarde, c’est-à-dire celui qui désire. L’affirmation du droit à la jouissance, la libération de la femme, celle du corps en général et des pratiques sexuelles font du sexe un terrain exploratoire permanent de formes, de registres, de gestes, un point d’achoppement pour la pensée. De Sigmund Freud à Georges Bataille, de Charles Baudelaire à Pierre Guyotat, réalité et réflexion se renforcent pour installer au cœur du 20e siècle un lien indiscutable entre le sexe et la mort.

Guerre
Dévasté par deux guerres mondiales, secoué par des conflits incessants qui affectent la planète entière, marqué par l’apparition de nouvelles armes et la montée d’une forme inédite de « barbarie », le 20e siècle a intégré profondément, et avec gravité, le questionnement sur l’histoire. Un double mouvement s’affirme : d’une part l’extraordinaire prise en charge de l’histoire par les artistes – accompagnée d’un sentiment de responsabilité et de devoir de témoignage qui entraîne souvent engagement et mobilisation –, d’autre part le bouleversement radical de la forme, prise dans un processus irréversible de déconstruction et de renouvellement. À la question de la confrontation directe avec les événements historiques se superpose celle, plus générale et morale, de la mémoire et de l’oubli, de l’angoisse de la mort et de la précarité de la condition humaine contemporaine.

Subversion
Les attitudes de la subversion, telles que la parodie, le rire ou le mot d’esprit, font partie intégrante, tout au long du siècle, de l’action artistique. Ces stratégies de provocation, qui passent par la transgression et la dérision, opèrent à l’encontre des valeurs établies et du bon goût en appelant à l’irrationnel et à l’absurde, au doute généralisé ; elles s’appliquent au statut de l’œuvre d’art comme aux mécanismes sous-jacents des différents pouvoirs (politiques, institutionnels, marchands, etc.). Nourri de la lecture des grands insurgés de l’histoire : Sade, Nietzsche, Lautréamont, Rimbaud, l’esprit de subversion développe également le goût pour l’humour noir et blasphématoire, pour le grotesque ; la figure d’Ubu, créée par Alfred Jarry, devient pour beaucoup emblématique.

Mélancolie
Traversant les époques sous diverses formes, le thème de la mélancolie, qui traite de la condition existentielle de l’homme souffrant de son éloignement d’un Idéal, de l’absence d’espoir et du temps qui le dévore inexorablement, a été porté au siècle dernier par toute une généalogie d’artistes. « Enfants de Saturne » et anges déchus des avant-gardes, guidés par la nostalgie, la recherche métaphysique du sublime ou du néant, aspirent, par exemple, à l’absolu de la non-représentation, mais regrettent la mort du sujet et du style, récusent toute morale, mais fondent une conception mystique de la transgression.

Réenchantement
Les forces vives d’un possible réenchantement sont toujours là, au sein même de la destruction, de la dérision ou de la subversion, parfois même en plein affrontement avec le drame du quotidien et de l’Histoire : le merveilleux, le sacré, l’espoir, l’utopie trouvent, à l’ère planétaire, de nouvelles formes. C’est que l’homme contemporain, qui dispose de toutes les libertés et d’une avancée technologique sans précédent, doit sans cesse se réinventer : la peur, la mélancolie, la cruauté, la médiocrité, la lucidité l’habitent, mais le tenaille aussi la soif d’un renouvellement, individuel, collectif. Décrire ce qui se dérobe au regard, faire parler ce qui se tait, libérer des tabous, réactiver un champ de mémoire, croire en de nouvelles utopies… Miroirs de révélation ou échelles d’évasion, les procédés du réenchantement sont multiples pour les artistes : le sublime en fut un, les autres se succèdent : le primitif avec l’objet sauvage, le réel avec le ready-made, la couleur seule avec les œuvres monochromes, l’image en mouvement avec la vidéo… Les deux propositions plastiques, que nous présentons ici pour la première fois, en cette fin de parcours, constituent des espaces d’initiation, entre vertige et rêve.

Iconographie :
Yves Klein, Anthropométrie de l’époque bleue, 1960, © Adagp, Paris 2005
Marlène Dumas, Sang mêlé, 1996, © Droits réservés
Giacometti, Femme debout II, 1959-1960, © Adagp, Paris 2005
Andy Warhol, Ten Lizes, 1963, © Adagp, Paris 2005

Dédordre dans l’art du XXe siècle

EXPOSITION “BIG BANG” AU CENTRE POMPIDOU - 2007

Commencée au mois de juin et visible jusqu’au mois de mars 2006, l’exposition ‘Big Bang’ offre un vaste panorama de tout l’art du XXe siècle. Réjouissant. Découvrez la video EVENE exclusive de cet événement dès maintenant…

 


Au programme huit thématiques

 

Destruction, Construction / Destruction, Archaïsme, Sexe, Guerre, Subversion, Mélancolie, Réenchantement : Voilà les huit thématiques abordées dans l’exposition ‘Big Bang’. Si l’on appelle parfois péjorativement le nouveau musée de Vitry, le MAC/VAL, une “petite antenne” de Beaubourg, il reste que les deux espaces sont liés par une même volonté de montrer l’art différemment, non plus de manière chronologique mais thématique. Et c’est une chose réjouissante que de découvrir l’art dans le “désordre”, montré avec une logique nouvelle d’exposition. Les oeuvres sont là, 850 au total, qui offrent une vision aérée, fraîche, de l’art du XXe siècle.

Des oeuvres primordiales dans la compréhension de l’art du XXe siècle

César, Donald Judd, Richard Long, Bruce Naumann, la liste est longue des artistes que l’on pourrait citer et dont les chefs-d’oeuvre figurent à l’exposition ‘Big Bang’. Pourtant, si l’on regarde de plus près, certaines oeuvres se détachent par leur singularité et l’évidence de leur beauté. Mais il n’y a pas que des critères esthétiques ou émotionnels à privilégier lorsque l’on regarde une oeuvre d’art. En l’occurrence, devant la masse un peu indigeste des travaux, il faut considérer des oeuvres majeures, rares, qui viennent éclairer la lanterne du spectateur novice ou du critique surpris, par exemple de voir des oeuvres fondamentales de l’art conceptuel présentes dans un musée qui nous y avait si peu habitués. Il est bien difficile en effet de parler, dans une telle exposition, d’une oeuvre en particulier et d’affirmer, au-delà d’un sentiment très subjectif, qu’une oeuvre est plus grande, plus belle, ou même meilleure qu’une autre. Pourtant, la sculpture ‘Expansion n. 14’ de César est fascinante, tout comme le sont les tableaux de Ad Reinhardt ou Ellsworth Kelly. Mais il faut aller plus loin que cette vision un peu trop émotive de l’art et tenter d’appréhender l’art du XXe siècle dans son ensemble. Et c’est là que l’exposition est remarquable, dans la manière qu’elle donne à voir des oeuvres complexes mais qui ici semblent accessibles, infiniment touchables pourrait-on dire. C’est le cas d’une oeuvre de Robert Morris, ‘Card File’, 1962, qui préfigure toutes les orientations du mouvement de l’art conceptuel. D’autres artistes de ce mouvement, notamment Weiner, Atkins et Richardson (du mouvement Art & langage), Baldessari, ou encore Joseph Kosuth sont aussi présents mais la manière de montrer leurs oeuvres, de les agencer, est infiniment subtile et bien trouvée. Parce que ces oeuvres semblent on ne sait trop comment beaucoup plus abordables qu’elles ne le sont vraiment. C’est une réussite incontestable de l’exposition.

 

Une scénographie un peu chargée

S’il est intelligent de rapprocher le tableau de Malévitch, ‘Carré noir’ (1923-1930), des peintures de carrés noirs sur fond blanc de Mac Collum, 1985, si le spectateur est ravi de voir des films du mouvement Fluxus, ou des oeuvres de Robert Filliou, si la scénographie aménage astucieusement des vitrines en référence à des oeuvres ou des grands courants littéraires, il y a quand même un hic dans cette exposition. C’est d’une part la surcharge des oeuvres, étouffante, et d’autre part la simplification des thématiques dans lesquelles sont enfermées les oeuvres. C’est une réduction, et parfois une facilité de mettre les oeuvres dans un même sac. C’est assez vain en général. On ne voit en effet pas pourquoi une oeuvre comme ‘Musique télépathique n. 5’ de Robert Filliou ne pourrait pas autant s’inscrire dans la partie ‘Régression’ que la thématique ‘Réenchantement’ ni pourquoi le mouvement conceptuel a particulièrement quelque chose à voir avec la déconstruction. Mais au-delà de ces catégories un peu simplistes de l’art, les mêmes qui avaient agacé l’auteur de cette critique lors de l’ouverture du MAC/VAL, il y a de bien belles choses à voir dans cette exposition.

Une appréciation des oeuvres forcément très subjective

 

Une question se pose à nouveau : “Comment évaluer l’art au-delà du seul sentiment de la subjectivité ?”. On pourrait dire, par exemple, que le film de Peter Kennedy et Bob Watts (’Fluxfilms,’ 1970) est génial dans sa simplicité et son dispositif visuel, que les dessins de Arnulf Rainer frappent peut-être plus qu’aucun autre, que le film de Lucy Gunning, ‘The Horse Impressionists’, 1970, est infiniment plus drôle que les sketches de Laurel et Hardy, mais l’on reste, il faut bien l’accepter, dans une vision très subjective de l’art contemporain, une vision à laquelle on ne peut échapper et qu’il faut tolérer comme telle. Comment échapper, en effet, dans cette immensité d’oeuvres, ce magma de tableaux, à la subjectivité du regard. Il y a des oeuvres qui marquent plus que d’autres, et c’est un peu un point de repère dans cette forêt d’oeuvres. C’est là où l’oeil s’arrête, où son acuité se fait sentir. Comment faites-vous lorsque vous êtes perdu au milieu d’une foule ? Vous cherchez un point de repère. Et bien, c’est un peu pareil pour ‘Big Bang’. Vous cherchez des points de repère, des oeuvres marquantes dans une masse compacte. Et elles ne manquent pas.

J’ai eu la chance de me rendre à cette exposition en 2006, très belle organisation, des salles d’une grande richesse artistique. La diversité des oeuvres exposées m’avait surpris (dans le bon sens du terme). 

Vincent LEPLUS et Phil (de CULT) ont eux aussi fait leur partie de “BIG BANG”…
 

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Montage à peine retouché, réalisé par Hans Muller

1 réponse pour “Exposition BIG BANG”

  1. ap indique :

    La question des “tiroirs et étiquettes” que tu poses en fin d’article est juste mais inévitable, me semble-t-il, pour bon nombre d’historiens de l’art. Sans doute ce découpage thématique était-il une fois encore un peu pédagogique ou démonstratif.
    Pour “le mouvement conceptuel” la réponse se trouve sans doute dans l’approche structuraliste(dé-construction ou mise à plat des processus de création) reste à savoir si toutes les œuvres obéissent à la même règle historique, et comment.
    Pour l’approche subjective, conserve là longtemps.

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