Histoire de photographies

aéroport Roissy CDG

En fait, c’est une photo banale, rien d’extraordinaire, sinon le fait qu’elle soit juste une image.
Lorsque je l’ai vue pour la première fois, elle ne m’a pas interpellée outre mesure.
Et puis après avoir terminé la lecture de « On’y voit rien » de Daniel ARASSE, une très bonne lecture… très franchement ! Le mystère des Annonciations percé, j’ai souhaité donner un sens à cette image. On ne regarde plus les choses de la même façon, quand j’emploie le terme choses, j’aurais du simplement dire que l’on fait une lecture différente de ce que l’on voit. C’est impressionnant comme ce livre m’a profondément touché. J’étais loin, très loin de m’imaginer que l’on puisse « dire » tant et « voir » autant en profondeur sur des œuvres… Un personnage brillant qui mène une analyse passionnée et passionnante.
Revenons à cette photo. Ce livre dont je vous ai parlé, je le tiens dans mes mains, vous le voyez, c’est sûr.
Ce que vous ne voyez pas, mais, en revanche ce que vous pouvez deviner, c’est que je suis dans un aéroport, et que cette photo, ce n’est pas moi qui l’ai prise.
Creusons un peu plus, voulez-vous !
Connaissez-vous Sophie CALLE ? Vous avez peut-être déjà vu cette photo (”Dream Wedding” from “Les Autobiographies” 2000 - Photography 120×180cm) d’une mariée vêtue d’une robe rouge sur un tarmac d’aéroport, dans cet aéroport, et oui… le MEME !

 

Mais cette fois, il ne s’agit pas de la mariée mais du marié, certes sans son costume de noces. Direction l’Espagne et non la Chine, pour notre voyage de noces, destination Barcelone. Personne ne restera, cette fois sur le tarmac, nous sommes partis ensemble comme prévu. L’Espagne et ses peintres de talent et… Pablo PICASSO.
Tiens Picasso, parlons-en, il est avec nous, oui, vous l’aurez peut-être remarqué, il est sur la couverture de ce livre que je tiens dans mes mains avec le tableau « Les Ménines ».
C’est marrant, j’avais reconnu la touche du pionnier cubiste, mais je n’avais aucune idée d’où pouvait se trouver cette toile.
Quelle fut ma surprise lorsque je me suis retrouvé nez à nez avec au musée Picasso de Barcelone… J’avais plutôt entendu parler de Vélasquez au sujet de ce tableau.
Ce qui est drôle, est que Daniel Arasse, dans « Histoires de peintures », premier livre qui m’a fait connaître cet auteur, consacre un chapitre à Eloge paradoxal de Michel Foucault à travers «les Ménines ». Picasso s’est approprié « Les Ménines », œuvre du passé. La peinture est donc devenue anachronique par rapport à son propre temps. Elle ne se contente pas de montrer, elle pense, non par des concepts mais par des figures. Passionnant tout cela, mais il est dommage faute de temps de n’avoir pu pousser jusqu’au musée du Prado à Madrid, admirer Vélasquez.

 

Auparavant, je vous ai parlé de Sophie CALLE. Vous savez, c’est elle qui a demandé à sa mère de payer un détective privé pour qu’il prenne en filature l’artiste et réalise ainsi des clichés d’elle à son insu avec compte rendu écrit de son emploi du temps à l’appui (”M’as-tu vue” Sophie CALLE). J’ai pris ces quelques clichés de ma femme à Barcelone, à son insu, déjà presque une infidélité ! J’ai essayé de jouer les détectives. Voila le résultat.

 

Le plaisir de pouvoir à partir d’une simple photo de départ « presque » anodine, parvenir à mettre en parallèle ces deux « personnes », Sophie CALLE et Daniel ARASSE… Le tout sans préméditation !
Un pur hasard, et dire que j’aurai pu passer à côté … mon objectif s’est fait un plaisir de ne pas rater l’occasion.

Photo : Hans Muller

 

1 réponse pour “Histoire de photographies”

  1. Frédéric indique :

    Très intéressant cet article : il me donne très envie de découvrir Daniel Arasse dont le Figaro parle aujourd’hui 22 juillet 2010.

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