Archive pour août 2007

Exposition Annette MESSAGER

 “LES MESSAGERS” - Centre Pompidou - 2007

Figure majeure de la scène internationale contemporaine, Annette Messager a représenté la France à la Biennale de Venise de 2005, où elle a obtenu le Lion d’Or. Elle investit les espaces du Centre Pompidou de son étonnant répertoire de formes et de matériaux (peluches, animaux naturalisés, tissu, laine, photographies, dessins…), mêlant les registres, jouant de nos sensations et de nos sentiments avec une remarquable virtuosité.

L’exposition : Le parcours non chronologique, présente un panorama de l’oeuvre depuis les travaux intimistes du tout début des années 1970 jusqu’aux très grandes installations des années 1990 et 2000, qui intègrent progressivement le mouvement. Le dialogue se crée par affinités et tensions, dans une chorégraphie où se mêlent ludique et tragique.

L’univers d’Annette Messager, qui emprunte à l’imagerie populaire, à l’art brut comme à l’art savant, repose sur une dualité subtile, suscitant chez le visiteur des sensations contradictoires, entre attraction et répulsion.
Effectivement, il règne dans les différentes pièces de l’exposition une atmosphère étrange, j’ai eu vraiment du mal à identifier le plaisir et/ou le dégoût sur l’ensemble des oeuvres proposées. 

L’oeuvre qui a retenu mon attention

Mes voeux
1989
Installation murale en ovale de photographies noir et blanc
263 épreuves gélatino-argentiques encadrées sous verre maintenu par un papier adhésif noir et suspendues au mur par de longues ficelles
Hauteur : 320 cm, diamètre : 160 cm
1 épreuve 24 x 17cm
50 épreuves 20 x 14cm
57 épreuves 15 x 11cm
50 épreuves 13 x 9cm
105 épreuves 8 x 6cm
Constituée de photographies, petits formats en noir et blanc, suspendues à des ficelles représentant différents fragments de corps (oreilles, bouches, yeux, pieds) cette série interroge le visiteur sur son propre rapport au corps.Accumulation de parties du corps photographiées, représentant des lieux corporels très charnels sensuels et sexuels. Leur installation dans ce sentiment d’empilement et de proximité emplifie ce côté érotique.

Interview d’Annette Messager par Bernard MARCADE :

B.M: “Plus qu’une oeuvre qui joue avec les imageries de la psychanalyse, il faudrait peut être aujourd’hui parler de votre art comme d’une sorte de géographie du corps , d’une géographie amoureuse.”

A.M: “On dit un film d’amour, on dit un roman d’amour , on devrait dire un peinture d’amour.”

Je dessine dans les lignes de ton pieds

je peint dans les lignes de ta bouche

Je fais des aquarelles dans ta main

Je couds des images dans ton oreilles

je dessine un carte de géographie dans ton nombril

C’est la seconde fois que je croise cette oeuvre déjà apercue lors de l’Exposition “Big Bang” au Centre G. Pompidou.

Exposition Yves Klein

A mon grand désarroi, j’aurai bien aimé avoir connu Yves KLEIN, cette photographie, je l’ai prise au Centre Georges Pompidou lors de l’exposition Yves Klein CORPS, COULEUR, IMMATERIEL ( Oct. 2006 - Fév. 2007) sur les marches de l’escalator du bâtiment géant.
J’étais à l’intérieur de bâtiment, la grande image de Klein, à l’extérieur.
Les gens présents à cet instant me regardaient étrangement et se demandaient ce que je pouvais bien photographier à cet endroit et dans cet angle où il n’y avait rien… enfin presque rien !
Comment ne pas revivre cet instant du peintre de l’espace se jettant dans le vide (27 novembre 1960, un dimanche).
Mais, le plongeon est théâtral, la photo, un photomontage de Harry Shunk et John Kender. La photo servira à la Une de Dimanche (journal), un numéro unique “THEATRE DU VIDE” que Klein fabriquera de toute pièce. Le peintre de l’espace se jette dans le vide ! (titre de la photo dans le journal).
Je venais de saisir un moment qui n’a jamais existé, ça c’était bien. Finalement, Klein je l’ai vraiment vu plongé dans le vide…
J’ai même fait des adeptes avec ma photo, un groupe de touristes japonnais (ça tombe bien concernant Klein) qui passait par là en a fait de même… sous le regard songeur des autres visiteurs : ” ils prennent vraiment n’importe quoi ceux-là ! “. Ouais, mais ils sont repartis, avec à mon avis, une image pleine de sens.

Côté exposition, les Roses m’ont profondément marqués. Je ne m’attendais pas à ce qu’ils soient si imposants, surtout côté teinte, limite agressive et surprenante. Personnellement, je pense qu’ils ont volé la vedette aux “Bleus”.

Oeuvre préférée (que je souhaitais absolument voir) : Ex-voto pour Sainte Rita de Cascia

En février 1961, Klein se rend en Italie, au sanctuaire de Sainte-Rita, “la Sainte de l’Impossible”, à Cascia, qu’il a déjà visité à plusieurs reprises, pour y déposer l’ex-voto qu’il vient de créer.

           

Je me suis également rendu à une Conférence sur Yves KLEIN au musée des Beaux Arts de Reims, quelques jours avant de me rendre à Paris au Centre G. Pompidou pour l’exposition.
Camille MORINEAU, commissaire de l’Exposition Klein et Conservatrice au Musée National d’Art Moderne (Centre Pompidou), annoncée dans un premier temps pour présenter cette conférence a été remplacée au dernier moment. Dommage, elle avait vraiment motivé ma venue et ma curiosité.
Au final, exposition moyenne, qui ne m’a pas appris énormément sur l’oeuvre de Klein.
En revanche, le catalogue de l’exposition Yves Klein Corps, couleur, Immatériel, est de grande qualité dans son contenu et son analyse.
Trois thématiques (l’imprégnation, l’incarnation et la dématérialisation) introduites par le bleu, le rose et l’or - trois couleurs définies par l’artiste comme étant complémentaires et essentielles à son travail - permettent d’aborder l’oeuvre d’Yves Klein en insistant sur les sujets peu traités dans les publications existantes : les anthropométries, les sculptures, les projets utopiques, la maîtrise du médium vidéo et photographique. L’ouvrage met également l’accent sur des aspects encore inexplorés du travail d’Yves Klein : ses relations avec les artistes, son voyage aux États-Unis, la perception de son oeuvre dans le contexte de l’époque en France et par les artistes américains. 
Egalement, lors de l’exposition Yves KLEIN, la présence de l’exposition “Robert Rauschenberg Combines (1953-1964)”
Peintures, sculptures, collages, performances, scénographies, chorégraphies, décors et costumes de théâtre… : Robert Rauschenberg peut être considéré comme le précurseur de pratiquement tous les mouvements artistiques de l’après-guerre depuis l’expressionnisme abstrait américain.

Pourtant, le fait d’avoir travaillé avec un large éventail de thèmes, de styles, de matériaux et de techniques lui a toujours permis de préserver son indépendance artistique. L’exposition au Centre Pompidou se focalise pour la première fois sur la production des Combines réalisées entre 1954 et 1961 en présentant des oeuvres célèbres de cette série comme Monogram (1955-1959) et d’autres montrées au public pour la première fois.Dès 1953, au retour d’un voyage en Europe et en Afrique du Nord, Rauschenberg travaille à la série des Red Paintings considérées comme les premières ébauches des Combines : assemblages abstraits de différents types de matériaux recouverts de peinture suivant une méthode de combinaison de thèmes disparates, dont la plupart des motifs prendront définitivement place dans son registre iconographique. Sans aucune hiérarchie sont ainsi mélangés des objets trouvés, des images de la culture populaire et des médias, des références aux chefs-d’oeuvre de l’histoire de l’art et à la mythologie et des éléments plus strictement typographiques. C’est à partir de cette même année que Robert Rauschenberg emploie le terme « Combine » pour désigner cette série d’oeuvres dans lesquelles il intègre images et objets du monde réel à la peinture abstraite, abolissant de la sorte les frontières entre peinture et sculpture.De fait, ces oeuvres fondent le dialogue permanent de l’artiste avec les différents médias techniques, entre l’artisanat et le ready-made, entre la technique gestuelle du pinceau et l’image reproduite mécaniquement. Allant à l’encontre des dogmes alors en vigueur de l’expressionnisme abstrait, les Combines ont réintroduit dans l’histoire de l’art une imagerie reconnaissable issue de la vie quotidienne.

Pour Robert Rauschenberg, « un tableau ressemble davantage au monde réel s’il est réalisé avec des éléments du monde réel. (…) Je ne veux pas qu’un tableau ressemble à autre chose qu’à ce qu’il est. »

Parmi les plus célèbres oeuvres de cette série se trouvent Monogram (1955–1958) : une chèvre angora empaillée « entourée » d’un pneu de voiture sur une toile posée à l’horizontale sur laquelle reposent débris en tous genres ou encore Satellite (1955) dans laquelle un faisan empaillé se promène sur le châssis d’une toile abstraite.

Grâce à une sensibilité ouverte à la fois aux objets hétéroclites récupérés et à la peinture « traditionnelle », Robert Rauschenberg réussit à trouver un équilibre entre les exigences souvent contradictoires de la « vie » et de l’« art », dans le but d’ouvrir les yeux du public à son environnement réel et au phénomène artistique.

Histoire de photographies

aéroport Roissy CDG

En fait, c’est une photo banale, rien d’extraordinaire, sinon le fait qu’elle soit juste une image.
Lorsque je l’ai vue pour la première fois, elle ne m’a pas interpellée outre mesure.
Et puis après avoir terminé la lecture de « On’y voit rien » de Daniel ARASSE, une très bonne lecture… très franchement ! Le mystère des Annonciations percé, j’ai souhaité donner un sens à cette image. On ne regarde plus les choses de la même façon, quand j’emploie le terme choses, j’aurais du simplement dire que l’on fait une lecture différente de ce que l’on voit. C’est impressionnant comme ce livre m’a profondément touché. J’étais loin, très loin de m’imaginer que l’on puisse « dire » tant et « voir » autant en profondeur sur des œuvres… Un personnage brillant qui mène une analyse passionnée et passionnante.
Revenons à cette photo. Ce livre dont je vous ai parlé, je le tiens dans mes mains, vous le voyez, c’est sûr.
Ce que vous ne voyez pas, mais, en revanche ce que vous pouvez deviner, c’est que je suis dans un aéroport, et que cette photo, ce n’est pas moi qui l’ai prise.
Creusons un peu plus, voulez-vous !
Connaissez-vous Sophie CALLE ? Vous avez peut-être déjà vu cette photo (”Dream Wedding” from “Les Autobiographies” 2000 - Photography 120×180cm) d’une mariée vêtue d’une robe rouge sur un tarmac d’aéroport, dans cet aéroport, et oui… le MEME !

 

Mais cette fois, il ne s’agit pas de la mariée mais du marié, certes sans son costume de noces. Direction l’Espagne et non la Chine, pour notre voyage de noces, destination Barcelone. Personne ne restera, cette fois sur le tarmac, nous sommes partis ensemble comme prévu. L’Espagne et ses peintres de talent et… Pablo PICASSO.
Tiens Picasso, parlons-en, il est avec nous, oui, vous l’aurez peut-être remarqué, il est sur la couverture de ce livre que je tiens dans mes mains avec le tableau « Les Ménines ».
C’est marrant, j’avais reconnu la touche du pionnier cubiste, mais je n’avais aucune idée d’où pouvait se trouver cette toile.
Quelle fut ma surprise lorsque je me suis retrouvé nez à nez avec au musée Picasso de Barcelone… J’avais plutôt entendu parler de Vélasquez au sujet de ce tableau.
Ce qui est drôle, est que Daniel Arasse, dans « Histoires de peintures », premier livre qui m’a fait connaître cet auteur, consacre un chapitre à Eloge paradoxal de Michel Foucault à travers «les Ménines ». Picasso s’est approprié « Les Ménines », œuvre du passé. La peinture est donc devenue anachronique par rapport à son propre temps. Elle ne se contente pas de montrer, elle pense, non par des concepts mais par des figures. Passionnant tout cela, mais il est dommage faute de temps de n’avoir pu pousser jusqu’au musée du Prado à Madrid, admirer Vélasquez.

 

Auparavant, je vous ai parlé de Sophie CALLE. Vous savez, c’est elle qui a demandé à sa mère de payer un détective privé pour qu’il prenne en filature l’artiste et réalise ainsi des clichés d’elle à son insu avec compte rendu écrit de son emploi du temps à l’appui (”M’as-tu vue” Sophie CALLE). J’ai pris ces quelques clichés de ma femme à Barcelone, à son insu, déjà presque une infidélité ! J’ai essayé de jouer les détectives. Voila le résultat.

 

Le plaisir de pouvoir à partir d’une simple photo de départ « presque » anodine, parvenir à mettre en parallèle ces deux « personnes », Sophie CALLE et Daniel ARASSE… Le tout sans préméditation !
Un pur hasard, et dire que j’aurai pu passer à côté … mon objectif s’est fait un plaisir de ne pas rater l’occasion.

Photo : Hans Muller

 

L’expert en Massages

L’Expert en Massages - Juillet 2007
Hans Muller
(Haut. 61 cm / Larg. 50 cm)

Ce n’est pas l’oeuvre d’un nouveau réaliste, quoique qu’elle s’en soit fortement inspirée.
Sur la toile, s’emboitent des petites lattes de bois, papier journal et chiffon récupérés sur le “Grand chantier” du 15 rue Mareschal… Rien n’est perdu et tout est recyclé presque habilement !
On pourrait croire les vertèbres d’un dos douloureux qui s’emboitent les unes dans les autres, entourées par des bouts de papiers découpés dans le journal “Le Monde”, le tout discalement recouvert de peinture à l’huile et quelques gouaches. L’assemblage a été réalisé avec de la colle à papier peint restante, dont tout le monde m’avait rapidement dit qu’elle ne réussirait pas à fixer l’ensemble sur la toile.
Je dis “tout le monde”, car ce tableau est une “Performance”, réalisée en présence de témoins (sérieux), Lili en était… manquait juste PHIL, le témoin concerné, en cette fin d’après-midi ensoleillée qui donnait sur le jardin.
En regardant plus attentivement, le dos semble s’effacer au profit de deux visages, l’un de face, l’autre de profil. L’occasion était tentante d’ effectuer l’autoportrait de Phil. Et puis, Phil est un expert en massages… alors pourquoi pas. Ne cherchez cependant pas de ressemblance, cela se joue à l’appréciation ! L’histoire d’une Dissemination reconstitueé…
Seul, l’expert en Massages, retranché dans l’arrière pays du Cult, priait pour ne pas voir cela (regardez bien, en faisant un effort, son visage apparaît) ! Et il avait raison, on était presque bien loin d’une bien belle performance. Ce n’était pas une oeuvre d’art, mais un vrai massage des mots maladroitement découpés…

Cette oeuvre est un hommage (facial) à Phil, sans la beauté et l’efficacité de ses massages wikiniens, Muller n’aurait pu composer ce fameux et présomptueux bouquet.

Je sais c’est difficilement cernable ! Attention de ne pas s’en-mailés les pinceaux…

Lectures parcourues

Souvenirs retrouvés - KIKI DE MONTPARNASSE - Editions Corti

Histoires de peintures - DANIEL ARASSE

On n’y voit rien - DANIEL ARASSE - Editions Gallimard

Nu couché - DAN FRANCK

Grand Père - MARINA PICASSO  - Editions Gallimard

Lorsque j’étais une oeuvre d’art - ERIC EMMANUEL SCHMITT - Albin Michel

Bleu : histoire d’une couleur - MICHEL PASTOURNEAU - Seuil / Le Point

Anachroniques - DANIEL ARASSE - art et artistes - Editions Gallimard

Mes galeries et mes peintres - Entretiens - DANIEL HENRY KAHNWEILER et FRANCIS CREMIEUX - Editions Gallimard

Petit Eloges des Arts - DAVID BAYLES et TED ORLAND - Retz

La querelle de l’art comtemporain - MARC JIMENEZ - Folio essais

Images du labyrinthe - Roger CAILLOIS - Gallimard

Monsieur Giacometti, je voudrais vous commander mon buste… - PAOLA CAROLA - Editions Leo Scheer

Autoportrait au visage absent - Jean CLAIR - Gallimard